Dans un secteur comme celui de la santé, comment l'information est-elle véhiculée sur les différents services de santé ?
La santé est notre bien le plus précieux. Nous devons forcément y attacher une importance particulière et veiller à ce que l'information y relative soit gérée et communiquée suivant une approche rigoureuse et efficace.
Les acteurs prestataires du secteur de la santé sont soumis à des contraintes déontologiques leur imposant des règles très restrictives en matière de communication de l'information. L'interdiction de publicité est bien connue et au-delà de cet aspect il y a lieu de protéger de la manière la plus stricte les données à caractère personnel. D'un autre côté, notre société est de plus en plus avide d'informations. Pouvoir disposer d'une information vérifiée et complète est un droit de plus en plus affirmé et il va falloir bien construire et gérer le circuit de l'information pour répondre aux attentes des patients et des acteurs de la santé tout en nous prémunissant des risques de dérapages.
Les supports pour véhiculer l'information sont de plus en plus diversifiés et la rapidité avec laquelle la diffusion des données est réalisée va croissante. L'informatique y jouera un rôle capital et les hôpitaux l'ont bien compris en plaçant le sujet dans le peloton de tête de leurs priorités.
Les grands projets récemment engagés dans le secteur de la santé luxembourgeois devront être réalisés avec le support des nouvelles technologies aux services de la gestion de l'information et de la communication. Ainsi, par exemple, la réalisation d'un dossier de soins partagé de la personne soignée, la documentation des diagnostics et des procédures médicales et soignantes, la réalisation de registres nationaux et hospitaliers liés à certaines pathologies, sont des travaux de grande envergure qui nécessiteront un consensus de tous les acteurs concernés par rapport aux modalités de leur mise en œuvre. UneAgence Nationale de l'Information Partagée dans le Secteur de la Santé a été créée dans cette optique suite au vote de la loi du 17 décembre 2010 portant réforme du système de soins de santé en modifiant le code de la sécurité sociale et la loi hospitalière. L'Agence constituera le responsable du traitement des données à caractère personnel par rapport à la protection des personnes à l'égard du traitement de données à caractère personnel.
D'un autre côté, la communication par rapport à des données plus générales devra être améliorée. Le public a soif d'information. Nous sommes tous des patients potentiels et en ce sens nous souhaitons être valablement informés de ce qui se passe dans le secteur de la santé et des hôpitaux. Ces dernières années nous avons assisté à des efforts non-négligeables en ce sens. Des journaux, revues et bulletins d'information ont vu le jour, également au niveau de l'Entente des Hôpitaux Luxembourgeois. Les sites Web des différents prestataires ont été constamment améliorés pour répondre aux attentes du public. Le Ministère de la Santé a également mis en place un portail de l'information santé accessible à tous sur le net (www.sante.public.lu ). . Toutes ces actions ont grandement contribué à une nette amélioration du niveau d'information dans notre secteur mais il ne faut pas non plus négliger les actions plus traditionnelles de la communication, c'est-à-dire le travail journalier des acteurs hospitaliers par des échanges directs de l'information, que ce soit via des courriels quotidiens ou les nombreuses réunions de travail lors desquelles les échanges de points de vues et les débats de réflexions se font en temps réel. A de telles occasions, avec nos visions respectives nous prenons les décisions pour élaborer les futures étapes de la communication via les procédures retenues entre acteurs concernés.
Une nouvelle directive européenne relative à l'application des droits des patients en matière de soins de santé transfrontaliers a été adoptée le 9 mars 2011 par le Parlement Européen et le Conseil de l'Union Européenne. Quel est votre projet de communication concernant cette nouvelle directive ?
La nouvelle directive consacre maintenant à un niveau de la législation européenne la règle générale du droit pour le patient de pouvoir bénéficier de soins de santé dans un autre Etat membre de l'Union Européenne que celui où il est affilié. Il pourra être remboursé jusqu'à hauteur des coûts qui correspondent au niveau de prise en charge s'il avait bénéficié de ces soins dans son Etat d'affiliation (sans distinction entre traitements ambulatoires et stationnaires; cependant suivant les cas de figure la demande de prise en charge pourra aussi être basée sur la réglementation UE 883/2004 portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale toujours applicable et en conformité avec la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne qui prévoit des nuances au niveau de la hauteur du remboursement).
Mais au-delà des aspects purement pécuniaires le grand défi à relever sera celui de l'aménagement des règles liées à la future circulation des services en matière de soins de santé. Cela ne pourra se faire sans une coordination efficace de tous les acteurs concernés, aussi bien au niveau des pouvoirs publics que des terrains et des associations de patients. Il est aujourd'hui de plus en plus nécessaire de pouvoir comparer les acteurs hôpitaux et autres services de santé entre eux, ceci tant à un niveau national qu'à un niveau Grande Région et européen. Mais pour pouvoir se comparer valablement, il faudra se mettre d'accord sur des standards à partager ainsi que sur des indicateurs pour mesurer l'efficience des différents services. Nous devons définir des critères normatifs et qualitatifs qui nous permettront d'assurer un haut niveau de qualité et de sécurité de l'activité des soins de santé à tous les niveaux. Pour réaliser cet important travail de benchmarking, nous devrons avoir mis en place un certain nombre de prérequis indispensables. Il ne suffit pas de vouloir comparer mais il faut encore concrètement le pouvoir.
La gestion des services devra afficher la transparence nécessaire et les actes et procédures devront être comparables. Un maximum d'efforts devra être entrepris pour offrir aux patients les informations nécessaires pour bénéficier de ces services transfrontaliers. Ils devront pouvoir comparer les prestations de part et d'autres des différentes frontières et être correctement informés quant aux procédures qu'ils devront suivre dans le cadre de leur circuit à l'étranger. Les services devront donc être comparables tant en ce qui concerne leur niveau de qualité et de sécurité que leur niveau de coûts. Une rude compétition risque de découler de ces nouvelles contraintes à moins que nous parvenions à faire évoluer le système de manière progressive et réfléchie dans la seule direction possible, à savoir un maximum de qualité pour le patient tout en maintenant un niveau de rentabilité réaliste. Quoi qu'il en soit, les services de santé devront être gérés de telle manière à ce que les procédures et outils indispensables face à ces nouveaux défis soient implémentés et assimilés au plus vite. Il conviendra en même temps de redoubler d'efforts pour maintenir un niveau de compétitivité qui permettra aux acteurs hospitaliers d'évoluer efficacement dans ce nouvel environnement de plus en plus compétitif.
L'EHL souhaite aussi être impliquée dans la mise en place des points de contacts nationaux qui seront, comme le prévoit la directive, les futurs centres d'information à l'usage des patients qui souhaitent bénéficier de soins de santé transfrontaliers.
Le texte de la directive prévoit en son article 21 que les Etats membres devront mettre en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la directive au plus tard le 25 octobre 2013. Il ne faudra pas attendre cette échéance mais entamer dès à présent les actions qui s'imposent pour travailler efficacement face aux autres acteurs de la santé dans l'Union Européenne qui sont confrontés aux mêmes défis. Les acteurs de la santé devront travailler dans un esprit de saine compétitivité en apprenant les uns des autres par-delà les frontières. N'oublions pas que ce sera finalement le patient qui tranchera en patient éclairé.
L'EHL dispose d'une revue trimestrielle : EHLinfo. Pouvez nous en dire plus sur ce support ?
EHLinfo est une revue qui paraît depuis quelques années à l'initiative de l'EHL. Depuis 2009, nous avons augmenté sa parution à 3 éditions par an, en avril, en août et au mois de novembre (au lieu de 2 parutions annuelles). Il est envisagé d'augmenter la fréquence de parution à 4 numéros par an.
La formule d'une revue sur support papier nous a permis de combler une lacune en ce sens qu'il n'existait pas au Luxembourg de revue hospitalière alors que cela est déjà longtemps le cas dans les pays limitrophes. Nous souhaitions un outil de communication séduisant, facile à aborder et permettant par la même occasion de consolider certaines informations. Nous voulons communiquer au-delà du cercle de nos collaborateurs journaliers, c'est-à-dire atteindre un plus grand nombre de personnes actives dans les hôpitaux, mais aussi des collaborateurs externes ainsi que le grand public. EHLinfo est diffusé gratuitement auprès de nos membres qui en réalisent la distribution au sein de leurs établissements respectifs. La publication connait un grand succès et les demandes pour y insérer des articles sont en constante augmentation.
Depuis quelque temps l'EHL travaille à une nouvelle approche pour sa gouvernance. Une fois que notre nouveau concept de travail aura été officialisé, nous pourrons entamer de nouveaux efforts liés à la communication et au marketing au regard des importants projets qui seront réalisés très prochainement ou qui sont déjà lancés. Nous utiliserons tous les supports pour communiquer les messages à faire passer. Nous voulons nous positionner comme porte parole des gestionnaires des hôpitaux et des acteurs hospitaliers en général. Nos activités comprennent une part de lobbying de plus en plus présente et nous souhaitons faire valoir nos points de vue envers les autres acteurs et décideurs impliqués. Dans ce contexte l'EHL envisage d'organiser en 2013 le Congrès de l'Association Européenne des Directeurs d'Hôpitaux (AEDH) à Luxembourg. Ce sera l'occasion de présenter une série de réalisations mais aussi de nouveaux projets en rapport avec les défis annoncés. EHLinfo sera un relai non négligeable dans le cadre de l'organisation de cet important événement international.
Cette revue est un support papier. Ne pensez vous pas, au vu de la progression des nouvelles technologies, décliner cette revue en version numérique ?
Absolument, mais nous ne souhaitons pas abandonner la version papier pour autant. Les deux versions seront complémentaires. Différents bulletins d'information n'existent que sous forme digitalisée, comme par exemple le bulletin d'information « InSight SantéSécu » mais nous sommes d'avis à l'EHL que le papier reste un support fort utilisé et il a l'avantage de pouvoir être manipulé et consulté de manière différente qu'un support digital. Par exemple, EHLinfo est disponible dans les locaux d'accueil des hôpitaux et de différents services, ce qui permet aux visiteurs intéressés de faire connaissance avec les activités liées à notre association.
Comme je l'ai déjà expliqué, l'EHL va prochainement officialiser sa nouvelle gouvernance et présenter ses objectifs sur les prochaines années. Cet événement sera médiatisé et nous diffuserons à cette occasion le message de notre finalité comme fédération des hôpitaux luxembourgeois, y compris un nouveau logo. A cette date nous mettrons aussi en ligne notre nouveau site Web qui permettra également un accès à notre revue sous format digitalisé.
Publié le 05 mars 2012


