Si quand on vous dit e-commerce, vous pensez spontanément à Amazon, c’est tout à fait normal. Mais depuis près de 20 ans, le groupe Alibaba se développe depuis l’Empire du milieu, jusqu’à concurrencer aujourd’hui la firme de Jeff Bezos, tout en étant présent dans les paiements, le streaming vidéo et musical, la vidéo à la demande, mais aussi le cloud, pour ne citer qu’eux. BEAST a rencontré Laura Pho Duc, Head of Marketing & Communication pour Alibaba Group, afin de recueillir ses impressions sur les tendances du commerce et les objectifs du groupe chinois en Europe.

Ces derniers mois, Alibaba multiplie les investissements, acquisitions et partenariats dans de nombreux secteurs (alimentaire, distribution, automobile, paiements, cloud, streaming, big data...). Qu’est-ce que cela signifie pour la stratégie de l’entreprise et son volet e-commerce ? Cherche-t-elle être présente sur tous les marchés ?

Il est vrai qu’en regardant la presse, on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’investissements, de partenariats et d’acquisitions disparates. En vérité, lorsque l’on connait le groupe et son ambition, qui est de faciliter les transactions entre acheteurs et vendeurs, que ce soit en B2B, B2C ou C2C, ce n’est pas le cas. L’objectif est de fournir des plateformes et des solutions pour faciliter les transactions dans le monde, notamment via ces investissements dont le but premier est de donner la possibilité aux consommateurs chinois et aux entreprises internationales d’être en relation. L’investissement que nous venons de réaliser dans l’alimentaire et le commerce de proximité avec Hema est un exemple concret. L’objectif est de pouvoir développer notre concept de "New Retail", de mettre un projet-pilote en place pour optimiser l’expérience du consommateur, que ce soit on ou offline. Et au-delà de ça, il s’agit de mettre en place un nouveau business model où le magasin devient une plateforme logistique permettant des livraisons rapides, de moins de trente minutes, ainsi qu’une expérience différenciante, par laquelle les clients peuvent, entre autres, commander sur leur mobile puis choisir de consommer sur place des plats cuisinés par des chefs ou se faire livrer les ingrédients ou les plats chez eux.

Il s’agit vraiment d’expériences, de projets-pilotes basés sur notre expertise de fournisseur de solutions technologiques, ce qui nous permet ensuite d’accompagner d’autres acteurs, comme Auchan, avec qui nous avons un partenariat. Nous les accompagnons pour qu’ils trouvent la façon dont ils peuvent réinventer leur valeur ajoutée dans les magasins physiques.

Il s’agit ici d’un exemple, mais il est important de garder à l’esprit que cette stratégie d’investissements, d’acquisitions et partenariats a pour but de développer des solutions de mise en relation et de facilitation des transactions entre acheteurs et vendeurs, quelle que soit l’industrie.

 

Un des secteurs d’investissement massif pour les grands acteurs web est le commerce physique. A l’inverse, les acteurs de la grande distribution réduisent leurs frais pour investir massivement dans la vente en ligne. Quelle est votre analyse de ce phénomène ?

Je pense que c’est une tendance forte, liée à la fois aux nouveaux modes de consommations des clients aujourd’hui, qui sont ultra connectés et qui recherchent une expérience sans couture entre ce qu’ils font en ligne et en physique, mais aussi à la remise en question des business models des magasins physiques. Ils étaient auparavant engagés dans une course aux mètres carrés mais la globalisation a changé cela. En Chine, la distribution physique ne s’est pas développée de la même manière et les consommateurs chinois sont passés directement à la consommation sur mobile, donc le challenge se pose dans le sens inverse. Sur les plateformes d’Alibaba, par exemple, nous avons aujourd’hui plus de 515 millions d’acheteurs au quotidien. Ces achats se font principalement sur mobile. La question en Chine n’est donc pas de passer du physique au mobile ou au digital, mais plutôt de soigner l’expérience des consommateurs qui bravent les embouteillages et autres obstacles pour se rendre dans un magasin physique.

Mon analyse personnelle de ce phénomène, c’est que la question qui se pose est "comment peut-on mieux servir le consommateur ?", que ce soit en physique ou en digital, car lui ne fait pas la différence. La distribution traditionnelle fait la course pour rattraper son retard dans la vente en ligne parce qu’elle doit s’adapter à ce même consommateur et à la nouvelle réalité économique. Les magasins physiques ne doivent pas disparaitre, au contraire, ils doivent se réinventer et réenchanter le parcours d’achat, pour lequel les attentes sont aujourd’hui très différentes.

 

En plus de ses nombreux secteurs d’activité, Alibaba étend ses activités géographiquement, en Europe. Quelle est l’importance des marchés européens pour le groupe ?

La stratégie de globalisation d’Alibaba est une vision qui existe depuis sa création. Dès 1999, Jack Ma a toujours dit qu’il s’agissait d’une entreprise créée en Chine mais faite pour le monde. Sa vision, et la mission que nous avons, est de pouvoir connecter acheteurs et vendeurs et de faciliter le business, particulièrement pour les petites et moyennes entreprises, qui n’ont pas les mêmes moyens que les groupes plus importants pour accéder au marché global. La stratégie d’internationalisation existe pour mettre cela en œuvre. Nous ouvrons des bureaux à l’international pour nous positionner au plus près des acteurs locaux et leur expliquer le potentiel du marché chinois, pour les accompagner vers le consommateur chinois, qui n’est pas seulement en Chine mais qui voyage beaucoup.

Il s’agit aussi d’être présent en tant qu’experts des solutions technologiques, ce pour quoi nous avons des équipes Alibaba Cloud et Alipay, notamment, pour aider les entreprises à adopter ces nouvelles technologies et à implanter au niveau global tout ce qu’ils développent avec nous en Chine. La globalisation a donc toujours été dans notre ADN, depuis 1999. Aujourd’hui elle a plusieurs pans et nos équipes ont plusieurs objectifs, plusieurs façons d’aider les entreprises.

 

Florent Ducat

 

Retrouvez la seconde partie de l'interview de Laura Pho Duc dans la newsletter de la semaine prochaine.

 

Cet article a déjà fait l'objet d'une publication dans BEAST #11


Publié le 22 mai 2018