Le 28 novembre dernier, Sophie Ensel, Designer Graphiste, remportait le prix de Young Marcom Talent of the Year lors des Luxembourg Marketing & Communication Awards. Aujourd'hui, elle revient pour Marketers sur son parcours professionnel ainsi que sur les principales tendances à suivre pour 2018 dans le domaine du design.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ?

En 2009, alors que j’effectuais une licence professionnelle de Designer Graphiste, en simultané avec des cours d’histoire de l’art au Palais Universitaire de Strasbourg, j’ai mis pour la première fois les pieds sur le sol luxembourgeois pour effectuer un stage au sein de l’agence Alibi Communication. Cela m’a permis de confirmer deux choses :

- que le métier de graphiste était une véritable passion,

- que c’était au Luxembourg que je voulais me développer, car je suis littéralement tombée amoureuse du pays.

C’est donc tout naturellement que j’ai accepté l’opportunité qui s’offrait à moi, à savoir, travailler au sein de l’entreprise Compass Group en 2010 tout en continuant mes études par correspondance pour obtenir un BTS « Communication Visuelle option édition graphisme et publicité ». J’assurais la création des supports de communication de 6 sociétés de services (restauration d’entreprise, aides et soins à domicile, maison de retraite, nettoyage, traiteur et distribution automatique).

En 2012, j’ai rejoint l’équipe de Léon Magazine pour laquelle je réalisais la mise en page de deux magazines. Un an et demi plus tard, l’entreprise ayant décidé de stopper son activité, j’y ai vu l’occasion de me diriger enfin vers la voie qui me guidait depuis mon enfance : la voie de l’indépendance.

Et c’est l’association SOS Sahel Luxembourg, en me confiant la création de leur site Internet, qui m’a permis de me lancer en tant que graphiste Freelance en février 2014.

Les mois qui suivirent furent riches en prospection active et en networking pour se faire une petite place dans la société « Marcom » luxembourgeoise. J’y ai appris beaucoup et j’ai pu rencontrer mes premiers clients qui m’accompagnent encore aujourd’hui et que je souhaite remercier une fois de plus.

L’accumulation de projets graphiques m’a permis de constituer la structure SO Graphiste Freelance S.A.R.L. en avril 2016, apportant avec elle de nouveaux contrats, de nouveaux clients et la venue d’Emeline Henrion en septembre 2017.

Je conclurai en disant que la remise de l’award à la fin de l’année 2017 aura été une belle reconnaissance de ces 3 premières années d’indépendance et que je compte bien poursuivre ce parcours avec passion et ambition.

 

Pourquoi avoir choisi de monter votre propre structure ?

L’indépendance n’est pas qu’une situation pour moi, c’est un état d’esprit qui me caractérise depuis ma plus tendre enfance. Avant même de savoir que je voulais devenir graphiste, je savais que je voulais être indépendante dans mon futur métier.

Toutefois, je suis toujours partie du principe qu’il fallait se former et gagner un peu en expérience avant de se lancer seule dans l’aventure, c’est pourquoi je suis restée quelques années en tant que salariée. J’ai beaucoup appris, rencontré des gens intéressants, gagné en assurance, en confiance et en maîtrise du métier. Ensuite, comme toujours, c’est la vie qui finit par nous ouvrir les portes vers ce que l’on veut au plus profond de soi, et j’ai donc eu l’opportunité, en fin d’année 2013, de m’établir en tant que graphiste indépendante.

Aujourd’hui, je peux affirmer avec sincérité et confiance que je suis totalement épanouie dans mon travail car je fais ce que j’aime et comme je l’aime. Le fait d’avoir ma propre structure me permet d’avoir la liberté de gérer mon travail comme je l’entends et d’avoir un quotidien qui ne tombe pas dans la routine. En effet, aucune journée ne se ressemble et les travaux sont variés : on passe de la création d’un logo à la réalisation d’une brochure, en passant par la conception d’une campagne, et le tout en intercalant des rendez-vous, des livraisons, des moments plus conviviaux avec les clients et/ou fournisseurs. On alterne entre les moments de pure création et les instants plus logistiques, techniques et administratifs ! Le bonheur pour quelqu’un qui s’ennuie vite dans une routine ! Et puis, même si aujourd’hui je me sens forcément plus à l’abri qu’à mes débuts, je ne perds jamais de vue que rien n’est acquis et, de ce fait, chaque nouvelle journée est pour moi un nouveau challenge : soit celui de continuer à satisfaire ma clientèle, soit celui de convaincre un nouveau prospect !

 

Quelles ont été vos principales réalisations lors de l'année 2017 ?

2017 a été riche en créations diverses qui ont fait davantage évoluées mes capacités créatives avec des sujets qui demandaient, en plus de la réalisation purement graphique, une réflexion conceptuelle. À titre d’exemple, je citerai la brochure « Economie du Luxembourg » réalisée pour la Chambre de Commerce Luxembourg. Ce projet a été l’un des plus marquant de cette année, car c’est la première fois que je participais à un appel d’offres face à 3 agences de communication. Je remercie encore la Chambre de Commerce Luxembourg de m’avoir fait confiance en me remettant ce projet qui a été un réel plaisir à gérer du début à la fin : de la conception du format et du graphisme de tous les éléments, en passant par le choix du papier et la gestion des traductions et de l’impression. Un beau projet mêlant réflexion conceptuelle et création graphique pure !

 

Quelles sont les tendances "design" à suivre pour les mois à venir selon vous ?

2018 prolongera l’existence de certains effets graphiques en y ajoutant sa touche de « renouveau », tandis qu’elle fera renaître des techniques traditionnelles pour en faire une tendance plus artisanale et personnelle. Pour appuyer ce résumé, on peut citer quelques tendances à venir comme :

- Le low design : alors que l’an dernier, on parlait de « no design », cette année on va parler de « low design » qui est le juste milieu entre une épuration à l’extrême et des détails trop envahissants. On évoque un peu plus de choses, tout en veillant à ce que ce soit des informations clés et on les évoque de manière efficace et dynamique.

- Le « semi-flat design » qui est le prolongement du flat design en y apportant davantage de nuances et de volume sans pour autant surcharger les compositions. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre des compositions un peu trop austères et des compositions trop bariolées. Cela se traduit par le retour des nuances de couleurs et des effets de volume, notamment une légère ombre portée.

- L’utilisation de grands aplats de couleurs lumineuses, voire fluorescentes. On peut d’ailleurs citer l’« ultra violet » de Pantone® qui a été élu couleur de l’année 2018 par « Pantone Color Institue » et qui marque la libération des couleurs.

- Le « handmade » : typo manuscrite, pâte à modeler, encre de Chine, linogravure, etc. mettent en avant le côté plus traditionnel et personnel des créations. Les dessins et les visuels purement graphiques vont venir contrebalancer l’utilisation assez fréquente des images de banques de données afin de rendre les créations plus personnelles et plus proches de l’univers du demandeur. On exploite également la matière : une brochure ou un dépliant ne se limite pas uniquement à son contenu graphique, mais utilise le matériau pour créer des effets de « surprise » (on peut citer un dépliant réalisé pour IKEA : https://www.behance.net/gallery/1589985/Ikea-Flat-Pack-Direct-Mailer). On utilise aussi des effets plus « nobles » comme l’embossage.

- La typographie va connaître aussi un second souffle avec des effets de customisation des caractères par exemple, qui travaille la typo comme un dessin (contrastes étonnants, décalage de proportions inattendues, etc.). La technologie offre aussi une utilisation différente des caractères, comme c’est le cas des typographies variables qui permettent aux polices de caractères de s’animer et s’adapter dynamiquement aux usages. Dans ce même esprit du « responsive », on peut aussi évoquer l’adaptation des logos qui devront désormais se présenter sous différentes versions en gardant la plus élaborée pour les supports disposants d’un maximum d’espace et la version la plus épurée, réduite à sa plus simple expression, pour les publications ayant un espace restreint.

- Enfin, la technologie 3D poursuit sa route en intégrant toujours de nouveaux outils qui permettent un nouveau rendu esthétique beaucoup plus riche en détails transmettant ainsi des messages plus variés.

 

Pour conclure, je dirais qu’il est certes important de suivre les tendances, surtout lorsque celles-ci découlent d’avancées technologiques auxquelles il est nécessaire de s’adapter, mais l’essentiel est de rester soi-même en montrant sa propre patte graphique qui, elle, restera intemporelle face aux « effets de mode » qui passent avec le temps.


Publié le 16 janvier 2018