Il y a quelques semaines, nous publions la première partie de notre entretien avec le magicien-conférencier Butzi. Cette semaine, il nous parle des innovations et de l'utilisation du digital dans son domaine de prédilection, à quelques semaines de son intervention au Luxembourg, à l'occasion des 10 ans du Gala Marketers.

Quelle sera, selon vous, la prochaine grande innovation du secteur ?

Je sais reconnaître mes qualités mais prédire les prochaines grandes innovations n’en est pas une (malheureusement !). D’ailleurs, j’ai remarqué que les innovations les plus attendues ou les technologies qui étaient censées changer le monde ont souvent fait un flop, que cela soit dans le monde de la magie ou dans n’importe quel secteur. Regardez la réalité virtuelle et la réalité augmentée par exemple : on nous a dit que ça allait changer le monde et aujourd’hui on en voit plus les limites que les possibilités de développement. Et inversement ; quand le premier iPhone est sorti, on ne s’attendait pas à un tel engouement sur le long terme. Idem pour l’intelligence artificielle : elle s’est développée dans une direction que la plupart d’entre nous n’a pas vu venir.

En magie comme dans la créativité ou dans n’importe quel domaine, le plus important à mes yeux est de savoir reconnaître les principes universels (parfois cachés), les méthodes traditionnelles qui ont fait leurs preuves et savoir les combiner avec les nouvelles technologies pour créer quelque chose d’unique pour pouvoir répondre à des besoins ou obtenir des résultats plus efficaces. Ceux qui arriveront à le faire auront toujours un temps d’avance sur les autres.

 

Quelles sont les réalisations marquantes de votre carrière, celles dont vous êtes le plus fier ?

Je suis fier d’avoir pu synthétiser tout ce que j’ai appris pour aider les particuliers, les entreprises et les entrepreneurs à se développer en leurs propres termes. De pouvoir mettre à profit mon expérience et mon savoir pour aider les autres à voir leur vrai potentiel et à le développer. C’est quand on me dit des choses comme : « c’était vraiment inspirant, merci », ou « ça m’a vraiment débloqué quelque chose » que je suis vraiment heureux pour les autres et fier de l’expérience que j’ai créée pour eux.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ? Qu’est-ce qui le rend si particulier ?

J’ai eu la chance d’avoir pu explorer un maximum, d’avoir appris énormément de choses à travers le voyage, la lecture et la pratique de diverses activités. Tout d’abord j’ai fait 25 ans de Judo et du Sambo (sport de combat russe) en compétition. J’ai beaucoup appris en termes de discipline, de valeurs, de mouvement, de santé et sur le travail qu’il y a derrière la pratique d’un sport en compétition. Je faisais aussi du Piano et je composais des petits morceaux pour moi. A la maison comme au sport, on m’a appris d’aller le plus loin possible et de tirer un maximum de leçons de ce que je faisais. C’est ce que j’ai continué à faire par la suite. J’ai alors commencé la magie à peu près en même temps que ma licence d’économie, et je suis parti voyager près d’un an en Amérique latine, seul, avec mon sac à dos avant mon master. J’ai appris énormément de choses sur les gens, sur moi-même et sur différentes cultures (en plus de l’espagnol et du surf). C’était un périple fou avec des rencontres extraordinaires qui ont changé ma vie, et quand je suis revenu, le master n’était plus une option…je me lançais en tant que magicien professionnel.

Puis, j’ai commencé le théâtre et trois ans plus tard j’étais devenu comédien professionnel, j’avais écrit, réalisé et interprété un moyen-métrage et je donnais des cours d’expression et de créativité corporelle. Par ce biais, je me suis d’autant plus intéressé à la créativité et j’ai commencé à créer des illusions dans des magazines pour mes collègues magiciens. A partir de là j’ai écrit un livre intitulé « Creativity for magicians » puis un deuxième pour le grand public. J’ai donné deux TEDx et ma carrière a commencé à se développer.

Ce qui rend mon parcours si particulier est peut-être qu’aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir transmettre tout ce que j’ai appris dans des formats cohérents à des personnes qui en voient vraiment la valeur. C’est à la fois improbable vu mon parcours, et à la fois logique, vu que je peux enseigner par l’expérience. J’ai beaucoup de chance d’avoir fait tout ça et je m’en rends compte !

 

Vous participerez le 29 novembre prochain à la dixième édition du Gala Marketers. Pouvez-vous d’ores-et-déjà partager vos trois bonnes pratiques permettant aux collaborateurs de laisser s’exprimer leur créativité ?

Ha ! Je ne peux pas tout révéler mais d’accord… je vais vous partager 3 pratiques qui prendront d’autant plus de sens quand vous verrez ma conférence.

Premièrement, notez toutes vos idées. Faites-le sinon vous aller les oublier. Et peu importe la qualité de celles-ci.

Deuxièmement, n’attendez pas l’idée du siècle, suivez et faites confiance aux 1001 petites idées absurdes, insignifiantes, improbables ou impossibles que vous avez au quotidien.

Elles sont souvent moins mauvaises qu’on le pense, si on se fait suffisamment confiance pour en voir le potentiel. Au pire, elles vous amèneront à d’autres idées plus intéressantes.

Et enfin, lancez-vous dans un projet (personnel, artistique ou autre) et allez jusqu’au bout de celui-ci. Il n’y a rien de mieux que d’apprendre sur le tas, en créant de nouvelles solutions aux problèmes qui surviennent, quitte à « faire semblant jusqu’à ce que vous y arriviez », comme disent les américains (NDLR : Fake it till you make it). C’est mieux d’aller au bout d’une idée médiocre et d’en tirer une leçon ou deux que d’avoir 100 idées magnifiques dont on ne fait rien par peur d’oser.

 

Sarah Grandpierre


Publié le 08 octobre 2018