En annonçant la révision de la directive ePrivacy, Bruxelles déclare la guerre aux éditeurs. Ces derniers ont publié sur leurs sites une réponse commune, détaillant les conséquences directes et les risques de cette nouvelle réglementation européenne.

Concrètement, la Commission Européenne veut laisser la gestion des cookies publicitaires directement au navigateur, et non plus site par site, comme c'est le cas actuellement. Le texte de loi permettrait ainsi au lecteur de choisir dès sa première visite, s'il accepte ou non les cookies et ce depuis son navigateur.

Après son annonce en janvier, la proposition est aujourd'hui débattue au sein de la Commission Européenne dans l'optique d'être adoptée d'ici un an. Sous forme de règlement, et non plus d'une directive, la loi s'appliquera d'elle-même, sans consultation du droit national.

 

Une révision qui risque de modifier le modèle publicitaire des éditeurs

Des changements qui constituent une menace selon les éditeurs, puisque cette nouvelle mesure pourrait modifier leur modèle publicitaire. Dès lors la révision du projet sur les données personnelles aura une influence directe sur le chiffre d'affaire des sites et de fait, sur leur contenu. Dans la pratique, le lecteur verra disparaître le bandeau d'informations qui apparaît en une sur les sites d'informations : "Ce dernier est informé de l'usage des cookies, peut accepter ou refuser le modèle publicitaire. Nous risquons de perdre cette relation", avertit Hélène Chartier, directrice générale du Syndicat des régies internet (SRI). Ainsi, c'est tout le dialogue entre l'éditeur et l'individu qui est alors rompu.

Les cookies servent en outre à proposer une publicité ciblée aux lecteurs. S'il refuse d'emblée leur utilisation, c'est la relation entre le journal et son public qui est mise à mal, alors même que le web offrait de nouvelles perspectives au secteur de l'édition, souffrant ces dernières années. "La presse n'a jamais eu autant de lecteurs grâce à ses développements numériques. Le Web nous permet de mieux connaître chacun de nos lecteurs, de lui faire des offres de contenu intéressantes", explique Denis Bouchez, directeur du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN).

 

Les publicitaires eux aussi menacés

Le projet de loi prévoit par ailleurs de bloquer les cookies tiers, qui servent à collecter des données pour des entreprises et des annonceurs tierces. Selon Hélène Chartier : "Un tel système ne permettra pas à l'industrie publicitaire de travailler normalement". Un aspect du texte qui passe mal pour les publicitaires qui préparent eux aussi une lettre ouverte qu'ils publieront d'ici quinze jours.

Au final, cette révision de la directive ePrivacy devrait avantager les plateformes numériques, telles que Google, Amazon et Facebook, déjà leader sur le marché de la pub digitale, qui pourront recueillir directement les données et les préférences des utilisateurs : "la nouvelle version d'ePrivacy favorise la réorientation des annonceurs publicitaires de la presse vers les plateformes numériques".

 

Source : Challenges


Publié le 09 juin 2017