«A l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité mondiale». Andy Warhol n’avait pas totalement tort lorsqu’il avait proclamé cette phrase à la fin des années 1960. L’artiste-peintre avait sans doute anticipé l’arrivée de l’internet, des réseaux sociaux et des médias de masse en général. Aujourd’hui, tout le monde peut obtenir une audience grâce aux nombreuses plateformes qui existent sur internet. YouTube, Facebook, Instagram ou encore Twitter permettent à des inconnus et des personnes lambda de se faire un nom et d’être célèbres. L’image négative et désavantageuse du geek reclus dans sa chambre est désormais finie. Au point même de voir fleurir sur internet des fiches métiers «YouTubeur».

Rémi Gaillard, Cyprien, Norman, le Palmashow, Mister V… ces noms sont désormais indissociables de la scène humoristique francophone. Mais là n’est pas leur seul point commun, ils ont tous débuté sur la même plateforme, YouTube : avec peu de moyens, sans jamais penser un jour à obtenir une telle célébrité. De même pour EnjoyPhoenix et ses tutoriels sur le maquillage ou Squeezie et Siphano les adeptes des jeux vidéo. Du divertissement à la diffusion d’informations et de connaissances, tout se fait sur internet et les réseaux sociaux, tout se commente, tout se filme et tout se regarde. Et tout le monde aussi peut devenir célèbre et faire de YouTube un réel moyen de gagner de l’argent. Le Luxembourg et ses alentours ne sont pas épargnés par ce phénomène qui dépasse le simple effet de mode.

Sylartichot, spécialiste luxembourgeois du paranormal

Au Luxembourg, un YouTubeur se démarque des autres. Son nom ? Mehdi M’Hamdi, ou plutôt «Sylartichot» son pseudo sur la plateforme YouTube. Le jeune homme a commencé en 2011 en créant d’abord une chaîne uniquement dédiée aux jeux vidéo. D’abord, car Mehdi M’Hamdi, originaire d’Esch-sur-Alzette, a totalement changé son contenu et donc son public. En 2015, il effectue donc un virage à 180° pour se consacrer à une autre de ses passions : le paranormal et les légendes urbaines. Des thèmes qui détonnent dans le monde des YouTubeurs, plus habitués à l’humour, aux jeux vidéo ou à traiter des sujets de beauté ou de mode. Et force est de constater que ce pari fonctionne. L’Eschois culmine à plus de 130 000 abonnés. La mise en scène est un peu flippante pour faire plonger son auditeur au sein de son univers. Mais ses histoires (sur les fantômes, les loups garous, les maisons hantées…) sont tout autant de sujets qui nécessitent beaucoup de recherches. Encore étudiant, le jeune homme investit beaucoup de son temps pour préparer ses vidéos. Pour lui, l’expérience est toujours bonne à prendre, Mehdi M’Hamdi a en effet pour ambition de devenir scénariste, et YouTube peut vraiment devenir un terrain d’expérimentation et un vrai moyen de se faire connaître.

 

Mamytwink, un YouTubeur originaire de Bertrange dans le Guiness Book

De l’autre côté de la frontière, en France, Florian Henn, alias Mamytwink, pèse à lui tout seul (ou presque) 430 000 abonnés YouTube et 40 000 likes et followers sur Facebook et Twitter. Le jeune homme habite à Metz, mais il est avant tout luxembourgeois car natif de Bertrange. Il a tout d’abord créé un simple blog destiné à partager ce qui lui passait par la tête. Puis il est devenu un site d’actualité entièrement destiné à World of Warcraft. La communauté s’agrandit et Florian rencontre François Calvier qui va lui souffler l’idée de se mettre en scène en vidéo. Le succès ne se fait pas attendre et l’équipe s’est peu à peu développée, avec notamment l’arrivée d’un webmaster, Julien Aubrée. Depuis, Mamytwink et ses acolytes ont diversifié leurs offres : jeux vidéo, ses passions personnelles mais aussi une série de défis aussi inutiles que drôles qu’il compte mettre en scène. Le trio a depuis créé une société, 1019 Production, qui est installée à Blida, la petite pépinière créative de Metz. L’affaire est même devenue d’autant plus sérieuse puisque ce trio est entré dans le Guiness Book des Records en 2016. En mars 2015, ils ont notamment réalisé le tour le plus long d’Hearthstone, un jeu de stratégie de cartes. Ils ont retransmis la vidéo de la partie en direct live, ce tour a duré 45 heures et 21 minutes.

 

Sankah, le thionvillois

Maxime, alias Sankah, connait les mêmes succès. Le jeune YouTubeur de 25 ans vit à Thionville et sa chaine atteint presque le million d’abonnés (910 000 au total). Egalement spécialiste des jeux vidéo, et notamment du best-seller GTA 5, le mosellan parvient à vivre de ses vidéos sur YouTube. Astuces, parcours, diffusion de ses parties, tout est filmé et publié sur sa chaîne. Bref, le jeune homme est payé pour jouer aux jeux vidéo et vît un rêve que beaucoup de jeunes souhaiteraient connaître.

 

Les dangers existent quand même

Malgré ces réussites et ces belles histoires, l’effet inverse peut également se produire. De plus en plus de personnes tentent le coup et essayent de marcher sur ce nouvel Eldorado. Ils sont de plus en plus jeunes à se lancer sans forcément réfléchir aux conséquences futures sur leurs propres identités numériques. Certaines petites filles n’ont même pas cinq ans et proposent des tutoriels maquillages, d’autres exposent leurs vies privées sans avoir conscience des dégâts que de tels actes pourraient engendrer. Les dérives existent aussi vis-à-vis des parents qui parfois, peuvent profiter du buzz numérique de leurs enfants et les inciter à continuer pour générer des revenus provenant des marques qui financent les YouTubeurs. Les dangers existent quand même, mais YouTube et les plateformes digitales en général offrent une belle visibilité aux personnes créatives et ambitieuses.

 

Pierre Birck 

Cet article a déjà fait l'objet d'une publication dans Urban BEAST #6 / www.beastmagazine.lu